Lorsqu’on arrive dans un pays qui n’est pas le sien, on recherche toujours ce rattachement à sa culture d’origine, ses paires, ses compatriotes. Notre petit oligarque ne parle pas le français et bricole en anglais. Il ne lui reste plus que la solution de trouver un guide. Il va le trouver… mais ce ne sera pas le bon.
Et le voilà pris à son propre piège, tombé dans un guet-apens monté par des gens qui vont tout simplement profiter de sa faiblesse de se retrouver seul contre tous. Naïvement ? Je l’ignore encore… à vrai dire je ne cherche plus à savoir.
Le deal était simple : « Tu veux des papiers ? Tu paies ! On connait des gens, qui connaissent des gens, qui en connaissent d'autres qui, malgré ton statut et que tu sois « wanted », vont te faire ça en deux temps trois mouvements… »
L’Oligarque est confiant car c’est un des siens. Un Russe. Alors il sait comment se comporter avec lui. Il ne pourra pas lui mettre la carotte de tout manière aussi profonde que quelqu’un dont il ne connait ni les us, ni les coutumes:
Il lui répond, naïvement « Combien ? »
- « C’est 500 000… On te fait un prix d'ami ! »
C’est un peu cher pour des papiers, vous ne pensez pas ? C’est ce qu’il pensait aussi!
-« Oui mais tu comprends, il faut arroser pas mal de gens, des cadres administratifs, des fonctionnaires bien placés à des postes spécifiques, des chefs de cabinets, des ministres. Il va falloir ouvrir plusieurs portes. Tu n’es pas poursuivi pour fraude tout même, mais pour tentative d’homicide sur un politique ».
L’oligarque n’a pas le choix. Tel un poisson dans un bocal. Il a les couilles dans un étau… Sans même avoir la possibilité de voir à qui il va payer... C’est au bout du compte très frustrant…
C’est quoi l’arnaque ?
Celle de prendre l’argent et de dénoncer, de le reconduire à la frontière ? Ou tout simplement d’attendre que tout se fasse tout seul : on le serre, et on l’extrade…De tout manière, là où il ira il n’en aura plus vraiment besoin… alors tant qu’on tient un pigeon… Pardon! Le client idéal... On en profite.
Mais le temps passe. Et l’Oligarque attend toujours une éventuelle régularisation. Il en a marre d’être clandestin. Il en a assez d’attendre… Il s’impatiente. Autant dans le temps, il avait tout et tout de suite comme un enfant capricieux et que tout le monde était à sa botte et c’était lui qui avait l’argent, le « pouvoir ». Autant là, privé de ses jouets, en plus à la merci d’un autre…
Mais on vient le voir… il se dit que c’est la fin, qu’il va pouvoir redéployer ses ailes, reconstruire son avenir…
-« Il y a un problème ! »
L’Oligarque sursaute: « Comment ça ? Lequel ? »
-« Euh… On n’a pas poussé assez de porte, ça bloque… il faut une rallonge ! »
L’Oligarque : « Ah merde ! Combien ? »
-« Euh… Encore 500 000 ! Là, c’est du sûr… Mais si tu pense que ça ne le fait pas, alors on arrête tout ! »
Notre Oligarque est trop près du but… Non ! Ce n’est pas possible qu’on lui mette la carotte aussi profonde…
Deux semaines après… on lui annonce que l’argent est perdu ! Il y a trop d’influence depuis le Kremlin et les gens n’ont pas envie de se mouiller pour un seul. Que de l’autre coté il y a des contrats, des sociétés françaises, et beaucoup plus qu’un simple million. Mais ça on ne lui dit pas… il le comprend tout seul!
En Russie si quelqu’un qui vous fait un coup pareil, vous ne pouvez même pas imaginer la suite des évènements. SAW ou Massacre à la tronçonneuse sont des navets à coté. Mais là c’est propre, net et sans bavures…
Et vous revoilà à la case départ, toujours « en cavale » mais avec un million en moins. Vous, homme d’affaire averti, sorti d’une université prestigieuse, avec diplôme à la clef. Vous qui aviez cette expérience de 10 ans de capitalisme sauvage… On se pose la question comment avez-vous fait pour survivre dans ce monde de brutes?
Sa vie de clandestin continue… Des chambres d’hôtel minables, puis des locations sous des prête-noms, valant deux fois moins cher pour un autre. Car il doit non seulement payer son studio, ou son « deux pièces », mais aussi la personne qui le lui loue et qui ferme surtout sa gueule…
Il se loue des services de sécurité car sa vie ne ressemble rien à celle d’un autre, car son statut est un cas particulier. Vivre en permanence sous la menace et le stress.
Il décide finalement de déposer une demande pour un statut de réfugié politique. On lui a présenté un avocat avec quelques notions de russe, admirant cette culture slave. Un baveux. Celui qui bave tellement qu'il raconte la vie de ses clients qui viennent lui déposer des dossiers en toute confiance pour qu’il puisse les défende. Un avocat, un conseil, spécialisé dans le droit des affaires, les baux commerciaux et surtout les divorces… Il en est à son quatrième… Un homme à femme, celui des petites jeunettes naïves sans aucune expérience de la vie et qui tombent sous son dogme. Celui qui apparemment a un problème d’identité et qui recherche une forme de reconnaissance auprès des autres. Celui qui touche un peu au pénal…. Mais pas trop, car pour peu qu’il tombe sur des gens un peu moins intelligent que lui, risquera de finir la tête dans un étau et la langue coupé !
On dit qu’un bon avocat, n’est pas celui qui parle bien et qui vous défende en croyant à la justice, la vérité et la loi, appliquant le code de la déontologie à la lettre, aimant sa profession jusqu’à s’investir à fond… mais celui qui a des relations. Celle de fréquenter le rotary club, le country club, le racing club et les autres clubs de France et de Navarre.
Certes, lui aussi à pigé le truc que le précédent escroc, mais à la différence près que lui, il va décider de durer dans le temps. Et qu’au lieu de gonfler les notes qui étaient déjà relativement gonflés, il décide de grignoter par petits bouts. On le présentera un peu partout en insistant sur le fait qu’il s’agit d’une personne honorable. Vous imaginerez pas la perte de crédibilité le jour où il se fera arrêté…
L’avocat en question sera démasqué un peu plus tard (on reviendra sur ce point). Et même que beaucoup plus tard il emménagera dans un cabinet beaucoup moins prestigieux pour finir dans un quartier à la limite du 18e.
Les services spéciaux commencent aussi à s’intéresser à l’Oligarque. Normal, n’importe qui n’est pas accusé d’avoir tenté à la vie d’un gouverneur, haut fonctionnaire de l’Etat. On l’approche, on lui fait aussi quelques propositions et notamment celle d’un échange de bon procédés : un service en vaut un autre. Mais cette fois-ci, il a peur. Il devient légaliste, il ne croit plus à ces gens pleins de blabla, pleins de réseaux, des gens qui parlent et qui finalement ne font que parler. Remarquez, il en faut aussi un peu de cette race…. Sinon à quoi serviraient les pigeons ?
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