La libération !
Il sort finalement à la mi-mai 2001. On décide de ne pas l’extrader.
Quelle chance, quelle chance d’habiter la France !(NTM)
Provisoirement bien-sûr. Il n’a toujours pas de papiers, mais sa situation est en cours de régularisation. Je me suis demandé combien de temps une telle demande pouvait prendre. Surement longtemps. Son avocat l’avait déposé 3 fois de suite… et trois fois de suite il avait la même réponse : refusé !
A peine, il accorde une interview à une journaliste russe. Il reste très diplomate, remercie les autorités françaises de l’avoir traité correctement, raconte le coté humain de la prison et du peu de chose qu’il a pu voir là bas. Vante même l’étonnement que le nom de la prison est « la Santé », tel un sanatorium et lorsque l’on ressort avec une santé de fer…. Foutaises ! Il raconte par la suite sa version des faits de son affaire en insistant que les méchants c’était eux et pas lui ! Mais c’est toujours comme ça ! On rejette la faute, on montre du doigt l’autre. Ils ne savaient plus quoi inventer pour faire tomber sa tête que cette affaire de tentative d’assassinat ! Mais aujourd’hui son point de vue sur les affaires en Russie reste négatif à cause du contexte économique et des guerres de prises de territoire permanentes. Le plus drôle dans tout ce qu’il raconte c’est qu’il en parle objectivement ne se rendant même pas compte, ou alors un peu seulement que lui aussi a détenu quelques usines.
Un jour, j’ai posé la question à une femme russe très riche ayant à Moscou quelques restaurants prestigieux où le champagne se vend à 150 € la coupe. Elle m’a répondu qu’elle s’est retrouvé au bon endroit, au bon moment… et qu’elle a su garder la tête froide pour ne pas tomber dans ces guerres. Bien évidement on lui a fait des misères comme à d’autres qui avaient de l’argent, mais elle à survécu. Surement que le monde de notre Oligarque était plus sanglant et plus viril. Mais je n’ai jamais osé lui poser cette question comment avait-il fait pour en arriver là où il est… Au fond, qui connait véritablement la vérité ? Combien de morts ? Combien ont disparus ?
Il terminera son interview en disant qu’il n’a pas de haine envers ceux qui lui ont fait du mal et qui ont réussi à le mettre dans cette situation. Il pense qu’il n’existe pas de possibilités de dialogues avec ces gens là.
Il n’y a pas de possibilités de dialogue, certes, mais il continue toujours à se battre contre eux, à les montrer du doigt et surement balancer des informations aux autorités pour obtenir les papiers plus vite… La collaboration… ça a du bon finalement au moment où l’on se retrouve tout seul dans un coin. Quel acteur !
Les affaires reprennent enfin.
On réussit à lui trouver deux biens immobiliers à vendre. Il ne choisit pas de la merde. Il achète carrément l’adresse… Non ! Pas l’avenue Montaigne… l’autre ! Comment fait-il ? Comme tous les hommes d’affaires qui savent manipuler, pratiquer les montages financiers. Les siens seront anglo-saxons…
Pour acheter un bien sans que l’on sache que c’est à lui, il le fait en créant une SCI, monté par son super avocat qui lui à pris trois fois rien… vous pensez bien. Les actionnaires ? Vous vous en doutez! Ils ne sont ni russes, ni suisses, ni luxembourgeois… mais à Tortola. Et le voilà son montage : des actionnaires offshore, une petite ligne de crédit de quelques dizaine de millions, et c’est le début d’un blanchiment. Pas n’importe lequel, le sien : il s’installe !
Dans la mesure où il ne peut plus voyager, c’est les autres qui voyagent et qui lui rendent visite comme s’ils venaient lui rendre visite dans une prison à la taille de la Métropole. Il s’en plaint d’ailleurs ! Quelle vie difficile : Paris et sa jet-set, Cannes, les vignobles bordelais, la bonne bouffe française…
Il a aussi peut-être ouvert un peu les yeux, ou retiré un peu de merde pour voir mieux, choisissez la métaphore qui lui ira le mieux. Il a commencé à avoir un regard humain. Il remercie, gratifie les gens qui l’on soutenus dans son malheur, tous ceux qui ne l’ont pas trahi, ni volé… Il leur offre des cadeaux, mais symboliques… que croyez-vous ? Probablement, qu’il n’a pas cette notion de mesure. Et qu’offrir un ordinateur à 700 Euros à une famille qui lui a presque sauvé la vie ! Pourquoi pas de jouets distribués dans les Happy Meal ou encore la Magic Box de chez Mc Do ou Quick ? Ironie du sort.
Il avait l’habitude qu’on lui serve le meilleur, le plus cher sans se poser la question de la provenance d’une bouteille, de son histoire, il apprend finalement pour ne pas mourir con. Surtout aussi histoire de ne pas passer pour un con.
Retour à la case départ ! Il doit tout reconstruire : ses relation son cercle d’amis. Il prend la peine de noter leur date d’anniversaire histoire de les appeler une fois par an pour leur montrer qu’il est attentionné et qu’il n’oublie jamais rien. Les dates d’anniversaire des enfants de ses nouveaux amis.
Après ça devient un réflexe conditionné : il appelle n’importe qui accordant à un banquier autant d’importance qu’à une pute brésilienne qu’il avait tiré quelques semaine auparavant. Mais il structure ! Il tri les personne qu’il fréquente en les répertoriant par groupe d’importance.
Sa famille qu’il n’a pas fréquentée depuis des années vient lui rendre visite en France. Deux frères jumeaux et toute leur smala (tout un chapitre, le prochain!). Il les sponsorise : les billets d’avions, les hôtels, les restaurants, les excursions. Sa famille : des gens sortis de la campagne sans aucune éducation, ni possibilité d’en avoir… enfin pas à son niveau, mais qui vont l’entourer, car au fond, à part les putes et les cons il n’a plus personne. A-t-il gardé finalement cette notion de famille ? Ces gens à qui il propose de venir s’installer en France pour le servir…rien d’autre !
On lui présente des gens, on le recommande. Pour entretenir ses affaires, pour l’aider à se repérer. Il ne parle pas la langue, mais au fond elle ne lui sert à rien. Cette langue de Rostand… pardon de Molière, car Rostand, il ne sait même pas qui c’est ! Cette si jolie langue qu’il entend parler autour, et qu’il qualifie comme une belle musique de fond et rien d’autre. Mais il apprend finalement quelques mots : « bonjour », « merci » « au revoir », « café au lait » ! D’ailleurs ce sera son surnom de la part d’une personne de mon entourage.
Mais les gens sont loin d’être dupes. Ils se rendent compte, tout comme son avocat que cet homme est une mine d’or… Alors ils commencent à l’arnaquer, lui racontent des histoires, gonflent les additions… Il n’a pas le choix. Il n’y en a pas d’autres pour le moment. Il paie !
Le plus drôle, c’est qu’il ne fait même pas attention. Lui, l’ancien financier, qui calcule vite. Celui qui remarque les grandes sommes, pas les petites. Normal, tous ceux qui touchent le SMIC ne pourront jamais le comprendre.
Il commence à lire des livres aussi : comment se comporter en public, comment s’intéresser aux autres, savoir les écouter, savoir partager. Il s’en vante ! Comme s’il venait de faire une découverte. Il prend des notes pour ne pas oublier… il apprend aux autres comment il faut faire...
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