Un matin, alors qu’il sort de « sa planque » du 16e arrondissement de Paris, quartier dépravé de la capitale, on vient finalement le cueillir. Deux hommes s’approchèrent de en lui demandant, très gentiment, de bien vouloir le suivre… Tout s’est passé très correctement. Il s’est retrouvé enfermé à la maison d’arrêt le jour même. On écrit même dans une de ses interviews qu’il avait oublié de prendre ses chaussures de sport si il avait su qu’il allait dormir au bloc A à la Santé.
Vous y croyez vous à cette version des faits ? Vous croyez à ce genre d’arrestations gentilles, surtout de la part de service de police français, où à chaque épisode de série ou d’un film que vous avez regardé, fracassant des portes et gueulant « POLICE ! BOUGE PAS ! » ?
Surtout que le service de Police, n’était pas celui de Navarro, ni de Derrick…et encore moins d’une brigade financière de la rue du Château des Rentiers. L’homme qu’on vient d’arrêter est poursuivi pour un crime, celui d’avoir tenté la vie d’autrui, dans un réseau organisé, et même très bien organisé, dans un pays au capitalisme sauvage.
Non ! Il venait de se faire arrêter par la Division Nationale Anti-terroriste): des types cagoulés et surentrainés, armés jusqu’aux dents avec des gilets pare-balles. Et finalement, le fait qu’il n’avait pas ses chaussures de sport, c’est aussi tout simplement peut-être que ses pieds n’ont pas vraiement eu le temps de toucher le sol… Vous ne pensez- pas que c’est un peu plus crédible comme version ?
Connaissez-vous la présomption d’innocence ? Celle où l’on vous baratine du matin au soir que « vous êtes innocent jusqu’à la preuve du contraire »… En France, c’est un peu nuancé, ils ont juste remplace le mot « innocent » par le mot « coupable ». A vous de prouver que vous êtes innocent.
PV de base : nom, prénom, date et lieu de naissance, affiliations… Jusqu’à là ça va. Profession ? Là ça devient un peu plus compliqué… Vous savez pourquoi on vous arrête ? Comme il ne fait pas le mariole et que pour la première fois il a connu la pratique d’une intervention des forces de l’ordre, il répond correctement. Il n’a pas de papiers et il se trouve en situation illégale aux yeux de l’administration française. Et là, vous aurez beau leur dire « oui, mais j’ai de l’argent ! Je suis prêt à payer », on vous répondra qu’ici, ce n’est pas la Russie. Ici les fonctionnaires sont payés très correctement, ils ont même droit à une très belle retraite. Ici on ne corrompt pas comme ça. Pour qui vous vous prenez ? Sous prétexte que vous avez de l’argent, vous pouvez vous permettre de transgresser les lois ? Quand bien même vous auriez de l’argent, on aime bien qu’il soit propre… Sans oublier votre demande d’extradition pour des crimes commis dans votre pays…
Vous aurez beau leur expliquer… « Oui, mais j’ai demandé un statut de réfugié politique »… on vous répondra « Ça, ce n’est pas à vous de décider qui reste et qui part ! ».
Direction la case prison avec les droits communs!
C’est sûr ! Les prisons russes ne ressemblent en rien aux prisons françaises parce que la corruption est moindre, voire quasiment inexistante. Mais une prison reste une prison. Vous êtes déjà privé de votre liberté et vous dépendez encore plus des autres que des autorités françaises.
Et puis ne l’oubliez pas ! Vous êtes certes au bloc A, où vous pouvez trouver le quartier V.I.P., Alfred SIRVEN, Loïc le FLOCH-PREJENT, le fils MITTERAND, Maurice PAPON…. Mais vous, on vous placera avec les droits communs du 3e étage. Avec quelques trafiquants, toxicomanes, pointeurs, voleurs, et même quelques « cols blancs »… On vous affectera, non pas avec un ancien braqueur réputé dans le milieu français, shooté au Subutex parce que la police lui a cassé toutes ses dents comme il vous l’a fait croire, mais avec un toxico qui dormira du matin au soir, car il n’aura rien d’autre à faire que celui d’avoir pris le rythme de la gamelle et de ses cachetons.
Heureusement que son avocat est là finalement, avec son pot de vaseline, lui disant que cela aurait pu être pire et qu’ils ont évité l’extradition pour l’abattoir. Il lui apportera quelques vêtements, lui versera ses mandats pour qu’il puisse nourrir son « braqueur » que personne ne connait car il ne sort même pas en promenade. Il viendra lui faire causette trois à quatre fois par semaine pour qu’il ne se sente pas déprimé dans ce milieu. Il lui portera des nouvelles de ses affaires en cours à l’extérieur. Car notre petit oligarque n’a plus vraiment le choix que de lui faire un peu plus confiance tous les jours.
Il va chez le coiffeur qui lui, ne sort pas d’un stage de chez Zouari et qui ne propose qu’un seul modèle de coupe, la boule à zéro… ou sinon courts… très courts. Il se laisse pousser un bouc, histoire d’avoir l’air d’un dur et méchant… Car ici on regarde son beau minois, et on continue à se poser la question de ce qu’il fout là ! Il découvre ses douches communes prises à six, 3 fois par semaine, le système des bons de cantine, du changement des draps, des parloirs et des fouilles à corps avec des gants en latex…
Au fond ! Notre Oligarque est une personne comme vous, comme moi, comme tous les autres… Il a deux bras, deux jambes, un cul. Il va aux toilettes comme tout le monde et ses excréments ne sont ni en or, ni en diamant. Il a juste le cerveau légèrement retourné à cause de l’argent et il a tout simplement perdu certaines notions des relations humaines et du comportement de gens bien, respectables. Pour les relations humaines, je me suis trompé: il en a jamais eu la moindre notion!
Ensuite c’est une routine qui s’installe. Celle de l’attente d’une décision, si on l’extrade ou pas… Alors il s’organise, évite de plonger dans une dépression, de dormir. Il sort en promenade, trouve une personne à qui parler en baragouinant quelques mots d’anglais. Le matin il court un peu, attend son tour pour que les Corses lui donnent la possibilité de taper dans le ballon. Il porte une veste de l’équipe nationale d’Ukraine, histoire de revendiquer ses origines… Bref, rien d’extraordinaire. Le voilà dans sa zone de transit. La peur d’arriver dans le centre de rétention de Roissy ou encore celle d’être l’extradé par les autorités russes.
Au fond de la cellule, la solitude est son seul ami. Il va la côtoyer pendant plus de huit ans… enfin presque…
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